Category Archives: 2013

n°45-46 – 2016 – 15

LA FABRIQUE DU CLOISONNEMENT URBAIN AU 21ème SIÈCLE

LOÏC WACQUANT

Cet article s’appuie sur mes livres Parias urbains (2006) et Punishing the Poor (2009), portant sur la transformation des modalités et de la gestion politique de la marginalité dans les sociétés avancées, pour décrypter l’usage de l’espace comme vecteur de fermeture sociale et de contrôle dans la ville. La première partie esquisse un cadre analytique pour l’analyse comparée du cloisonnement sociospatial, défini comme processus par lequel certaines catégories et activités sociales sont contenues et isolées dans un secteur réservé et restreint de l’espace physique et social. La seconde partie applique ce schéma et livre une analyse succincte des trajectoires divergentes du ghetto noir américain et des quartiers ouvriers d’Europe à l’ère post-fordiste ancrée par les trois concepts spatialement déclinés de ghetto, hyperghetto et anti-ghetto. L’article conclue en soulignant le rôle central de l’État dans le paramétrage du processus de cloisonnement tant en haut qu’en bas dans l’espace urbain selon des formules qui décrivent un continuum de la contrainte au choix.

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n°45-46 – 2013 – 14

DEVENIR AGRICULTEUR BIOLOGIQUE

APPROCHE DES PROCESSUS DE (RE)CONVERSIONS SOCIOPROFESSIONNELLES

BENOIT LEROUX

Par l’étude de différentes trajectoires d’agriculteurs biologiques (re)convertis ou installés, cet article se propose d’établir une première approche analytique des formes de déplacements professionnels (et géographiques) qu’opèrent les prétendants à la pratique agrobiologique. Ces (re)conversions sont considérées comme des processus sociaux articulant des trajectoires individuelles, des dispositions et un contexte dans lequel elles s’inscrivent. À partir d’une trentaine d’entretiens approfondis et d’une présentation sociohistorique du champ agrobiologique, l’analyse conduit à différencier les trajectoires d’agriculteurs conventionnels convertis des néo-agriculteurs installés en bio, puis à reconsidérer cette classification en soulignant l’importance jouée par la possession de capitaux (économique, social…) et par le parcours scolaire et professionnel des futurs agriculteurs bio.

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n°45-46 – 2013 – 13

S’ASSURER UNE POSITION RÉSIDENTIELLE EN ZONE PERIURBAINE : DES PRATIQUES RÉSIDENTIELLES MARQUÉES PAR L’ORIGINE, LA TRAJECTOIRE ET LES PERSPECTIVES DE MOBILITÉ

JOSETTE DEBROUX

A partir d’une enquête réalisée auprès de périurbains installés depuis la fin des années 1990 dans deux communes périurbaines de Grenoble présentant un profil social contrasté, cet article montre l’intérêt de prendre en compte la trajectoire sociale et pas seulement la position sociale pour comprendre les choix de localisation, les rapports à la maison et à la vie locale. Alors que les individus en situation de mobilité ascendante cherchent à faire correspondre leur position résidentielle à leur nouvelle position sociale tout en conservant les habitudes acquises dans leur milieu d’origine, les individus en situation d’immobilité qui n’ont pu atteindre la position sociale espérée par leurs parents ou la maintenir, ne parvenant pas à améliorer leur position professionnelle ajustent leur position résidentielle à leur groupe social de référence. Dans les deux cas, les perspectives de mobilité professionnelle conduisent à renégocier les investissements dans la sphère résidentielle qui apparait comme une sphère d’ajustement social.

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n°45- 46 – 2013 -12

RUPTURES DU TRAVAIL OUVRIER ET RUPTURES DES RAPPORTS FAMILIAUX A LA MOBILITÉ

CÉCILE VIGNAL

L’objet de cet article est d’analyser les transformations du travail du point de vue de leurs effets sur la mobilité géographique d’ouvriers et sur les logiques familiales d’ancrage local. Notre approche suit rétrospectivement, sur 9 à 10 années, les trajectoires professionnelles et résidentielles de salariés (en majorité ouvriers) suite à la fermeture de leur usine de câbles de l’Aisne, en 2000-2001, et à sa délocalisation dans l’Yonne à deux cents kilomètres de leur domicile. Neuf années après la fermeture, la précarisation des trajectoires professionnelles est majoritaire que les salariés aient, ou non, accepté les injonctions à la mutation de leur emploi. La mobilité apparait bien comme un mode complexe de domination conduisant nombre de salariés à intégrer, pour soi-même et pour ses enfants, les injonctions à la mobilité du marché du travail. Avec le temps, les ressources de l’ancrage se trouvent limitées ou progressivement inopérantes pour ces familles. Nous faisons l’hypothèse que les fermetures d’usines accélèrent la rupture de transmission intergénérationnelle du rapport à la mobilité des milieux ouvriers.

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n°45-46 – 2013 – 11

LES RIVALITÉS ENTRE LES LIGNÉES FAMILIALES : FREIN OU MOTEUR A LA MOBILITÉ GÉOGRAPHIE ?

CHRISTOPHE HANUS

La seule voie de la rationalité économique est souvent privilégiée par les enquêtes et les observateurs du milieu rural pour expliquer les mobilités géographiques d’une région à une autre : on migre pour fuir un chômage persistant, parce qu’il n’y a aucune perspective au niveau local. Toutefois, comment expliquer qu’il demeure des personnes dans des régions économiquement ravagées ou que les régions les plus dynamiques ne font pas toujours le plein ? En partant d’un territoire jurassien, le val de Mouthe, et en réalisant des arbres généalogiques sur trois générations – qui prennent en compte aussi bien la lignée maternelle que la lignée paternelle des parents d’une personne, Ego, qui a vécu dans cet espace ou qui y vit toujours – nous montrerons que la concurrence entre les lignées dont ils sont les héritiers peut être prééminente dans le déroulement de leur parcours résidentiel, notamment quand la transmission du patrimoine constitue un enjeu essentiel pour l’une des branches familiales. En effet, les familles développent des stratégies, sur plusieurs générations, pour demeurer coûte que coûte dans un endroit ou, au contraire, pour privilégier la voie de la dispersion géographique. Qu’elle le veuille ou non, une personne hérite toujours de différents capitaux culturels, sociaux, économiques avec lesquels elle doit composer et qui dépendent des parcours résidentiels, scolaires et professionnels des générations qui l’ont précédée. Or, ces capitaux n’étant pas égalitairement répartis entre les groupes sociaux, nous verrons que les chances objectives de réussir une migration ou un ancrage varient fortement d’une famille à une autre.

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n°45-46 – 2013 – 10

LES DIMENSIONS D’UNE MOBILITÉ SOCIO-SPATIALE FORCÉE EN
INDE CENTRALE

JOEL CABALION

Depuis l’Indépendance en 1947, les pouvoirs publics indiens ont déplacé plus de 60 millions de personnes – en majorité rurales – suite à la construction de grands barrages, de centrales thermiques ou de villes nouvelles parmi de nombreux autres grands travaux d’infrastructure. À partir d’une enquête de longue durée ayant pu observer les conséquences de l’édification d’un grand barrage en Inde centrale, cet article décrit et analyse les différentes dimensions de la mobilité socio-spatiale forcée. Fondée dans une ethnographie rurale des catégories sociales donnant sens aux existences paysannes – en particulier dudit système des castes et des structures familiales – l’étude engagée porte sur le processus du déplacement et ce qu’il convient d’appeler une structure d’inégalités en mouvement. Dépossédés, appauvris et bien souvent démoralisés, les déplacés subissent une destruction de leur base économique et une modification de leur ordre social. Des centaines de villages à travers l’Inde forment ainsi chaque année une communauté de destin paupérisée vouée à l’inutilité, à la monotonie et à un sentiment d’abandon à l’égard des institutions. De ces décombres engloutis et de cette « peine d’exister » les habitants tentent pourtant de se déprendre en reconstruisant leurs vies dans les nouveaux villages. Par quels moyens y parviennent-ils et comment ce problème du replacement des groupes sociaux est-il pensé et organisé par l’État indien ? Au travers l’étude de ces déplacements forcés, c’est un pan majeur des reconfigurations rurales affectant l’Inde paysanne d’aujourd’hui qui est saisi sur le vif, en mouvement et dans sa globalité.

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n°45-46 – 2016 – 09

LA RÉORGANISATION SPATIALE DES SÉGRÉGATIONS SOCIALES EN
HLM AU PRISME DE LA MOBILITÉ RÉSIDENTIELLE

PHILIPPE CORDAZZO

Le logement social, de part les enjeux qu’il revête et ses particularités dans les « politiques du logement », est aujourd’hui un objet de fortes tensions voire de contradictions. Toute la difficulté pour les communes étant d’assurer l’accès au logement social en priorité aux publics défavorisés, tout en favorisant la « mixité sociale » et la mobilité. Pour apporter des éléments de réflexion sur cette situation, ce travail exploratoire qui envisage les ségrégations au prisme des mobilités, s’est basé sur des données statistiques récentes, représentatives de la population (Recensement de la Population 2009). Ces éléments montrent clairement que la « mixité sociale » observée au niveau d’une commune est souvent apparente alors qu’à l’échelon des quartiers (IRIS), on observe une forme de réorganisation des ségrégations sociales. Celle-ci s’accompagne d’une moindre mobilité résidentielle dans le logement HLM.

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n°45-46 – 2013 – 08

AGIR SUR LES MOBILITÉS RÉSIDENTIELLES EN SITUATION URBAINE INCERTAINE

RÉFLEXIONS A PARTIR DE L’EXEMPLE STÉPHANOIS

CHRISTELLE MOREL JOURNEL, VALÉRIE SALA PALA

Cet article interroge le rôle des politiques urbaines contemporaines dans la construction des mobilités résidentielles, en faisant l’hypothèse que ce rôle est en profonde recomposition, sous l’influence notamment de la nouvelle doxa néolibérale et de son référentiel quasi-absolu d’attractivité. Tout un ensemble de travaux académiques a souligné la montée en puissance des stratégies d’attractivité et leur impact sur le peuplement des villes, lisibles dans des processus de gentrification parfois agressive et dans l’éviction des plus modestes. L’enquête de terrain conduite à Saint-Étienne et dans son agglomération conduit à nuancer cette analyse. La tentation de faire de l’attractivité le moteur principal des politiques urbaines stéphanoises est bien présente à la fin des années 1990 et amène les acteurs locaux à formaliser une stratégie Habitat inexistante avant 2004, qui traduit bien la volonté d’agir sur le peuplement et les mobilités résidentielles. De fait, la Ville de Saint-Étienne, bien souvent adossée aux services de l’État local, s’efforce de développer une capacité d’action en la matière – inédite dans la configuration urbaine locale. Cette mobilisation et stabilisation du système d’acteurs local autour des enjeux d’habitat, si elle constitue une ressource pour un projet urbain qui peine encore à se définir, ne suffit pas à infléchir les mobilités résidentielles dans une situation urbaine caractérisée par des incertitudes multiples.

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n°45-46 – 2013 – 07

De la valorisation de la mobilité à la domination par la mobilité ou comment la mobilité dit, fait et dispose l’individu

Simon Borja, Guillaume Courty & Thierry Ramadier

L’actuelle « promotion » de la mobilité est autant ambigüe du coté de ses promoteurs qu’elle est diversement vécue et expérimentée par ceux qui doivent l’expérimenter. Il suffit de songer aux dispositifs valorisant la mobilité de certaines catégories sociales soutenus par nombre d’acteurs du champ du pouvoir (des fonctionnaires aux responsables politiques en passant par des associations de citoyens concernés) alors que dans le même temps, d’autres dispositifs ont pour objectifs de limiter les déplacements d’autres catégories, quitte à les stigmatiser quand bien même le nomadisme est au cœur de leur existence (les « gens du voyage » par exemple)…

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n°45-46 – 2013 – 06

Réflexions d’un praticien autour de quelques dimensions socio-spatiales de l’immobilité

BENOÎT VIMBERT

Si la mobilité est abondamment étudiée, tant par les chercheurs que par les praticiens, en revanche il est plus rare de s’intéresser, notamment statistiquement, aux « immobiles », c’est-à-dire aux personnes ne se déplaçant pas. Qui sont-ils ? Certaines personnes sont elles plus susceptibles d’être immobiles que d’autres ? Pour quelles raisons ? Avec quel impact sur leur vie ? Le point de départ de cette réflexion est d’identifier l’immobilité comme inégalité pour participer à une vie sociale, puisqu’une personne ne « sortant pas de chez elle » ne fréquente pas les commerces, un travail, des loisirs, … et plus généralement l’espace public, c’est-à-dire autant de potentiels d’échanges avec d’autres personnes. Au-delà de ce frein, l’objectif de ce travail est également de mesurer dans quelle mesure l’immobilité traduit et renforce les inégalités sociales…

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