n°49 – 2016

Apparu à la fin du dix-septième siècle,  l’amateur devient rapidement une figure centrale dans les mondes de l’art de l’Ancien Régime — au point d’incarner la norme du bon goût dans les institutions monarchiques. Plus largement, la figure de l’amateur met en lumière des formes nouvelles de mobilité sociale, même éphémères, dans la France d’Ancien Régime. En se définissant comme «amateurs», des individus issus d’horizons sociaux très différents (nobles, élites de la finance, élites culturelles, marchands) parviennent à constituer des communautés de goût qui témoignent de la force nouvelle du rapport à l’art. Figure emblématique du siècle des Lumières, l’amateur montre que l’art peut transformer la société. L’article propose d’éclairer ce moment inaugural dans l’histoire de l’amateur en mettant en lumière le rapport ambivalent et souvent polémique entre ces communautés de goût, fabriquées dans des sociabilités restreintes, et l’espace public de la critique qui naît avec les Salons du Louvre. Il montre enfin la dimension cognitive du goût dans les pratiques artistiques des amateurs: le goût n’était pas seulement un facteur de distinction ni d’identification sociale, c’était aussi la manifestation d’un savoir nouveau sur l’art et les artistes. Les amateurs jouèrent ainsi un rôle central dans la fabrique du canon artistique, comme le montre l’exemple de Rembrandt — artiste méprisé par les théoriciens, mais acclamé par les amateurs qui n’eurent de cesse de le collectionner, de le copier — au point de devenir l’incarnation du génie artistique.

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